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Le colorisme et moi

Dans le début des années 2000 vers mes 9-10 ans, je n’avais pas forcément conscience du colorisme. A vrai dire je ne connaissais pas du tout ce terme ! Je regardais souvent des vidéo-clips, films ou séries US où je pouvais m’identifier aux stars afro-américaines pour lesquelles je ne trouvais pas d’équivalent en France. Je pense à des séries télévisées telles que Ma famille d’abord , Phénomène Raven ou bien encore Cousin Skeeter. Je cherchais, sans en avoir conscience, à retrouver dans le paysage audiovisuel des visages me ressemblant. En ce qui concerne les films ou séries français je me sentais tout simplement invisible.

Illustrer le colorisme
La série "Ma famille d'abord"
Illustrer le colorisme
La série "Phénomène Raven"

Retour en enfance

Pour ce qui est des dessins animés, il était parfois difficile de trouver sa place en tant que petite fille noire. Je m’explique. Je me souviens de belles histoires de princesses à la peau blanche et aux longs cheveux blonds postées en haut de leur tour d’ivoire attendant désespérément leur prince charmant. Je n’ai en revanche pas le souvenir d’une seule princesse à la peau ébène. A l’époque je vivais ce manque de représentativité un peu comme un rejet, voir une exclusion. Comme si les personnes qui avaient mon apparence ne pouvaient être qu’absentes de ces contes de fées.

Depuis quelques années Disney semble avoir fait quelques efforts, je pense notamment à La Princesse et la Grenouille. L’histoire est celle de Tiana, une jeune femme afro-américaine vivant à La Nouvelle-Orléans dans les années 20. Celle qui était alors qu’une simple serveuse devient une princesse en épousant une grenouille qui n’était ni plus ni moins que le prince Naveen. On pourrait y voir une avancée dans la représentation des princesses Disney. Mais j’y mettrai toutefois quelques réserves ! Surtout lorsque l’on sait que l’héroïne passera les trois-quarts du film dans la peau d’un amphibien plutôt que celle d’une jeune femme noire.

Illustrer le colorisme dans les dessins animées (Disney)
Barbie : Cœur de princesse
Illustrer le colorisme dans les dessins animées de princesses Disney
La Princesse et la Grenouille

L’amère réalité

En y repensant, mes séries, films ou vidéo-clips américains que j’affectionnais tant n’étaient malheureusement pas exempts de certaines formes d’exclusions. Avec le recul, je me rends compte que c’était toujours la même combinaison qui revenait sans cesse. Celle d’hommes noires à la peau sombre avec quasi exclusivement des femmes plutôt claires de peau. J’avais l’impression que les femmes noires à la peau plutôt foncée vivaient un deuxième évincement. Celui mené par les médias “mainstreams” et celui mené par les médias plutôt « communautaires ».

Prenons l’exemple de la légendaire Black Entertainment Television (BET) qui est une chaîne afro-américaine faisant, comme MTV, partie du groupe Viacom. La chaîne a été critiquée par de grandes figures afro-américaines, l’accusant de diffuser du contenu perpétuant les stéréotypes sur la communauté noire. Parmis ces grandes figures, des célébrités telles que le réalisateur Spike lee ou bien encore le dessinateur Aaron McGruder de la série Boondocks qui compte deux épisodes « The Hunger Strike » et « The Uncle Ruckus Reality Show » relatant ces accusations. Pour une plateforme qui a été créée pour célébrer la culture noire j’ai trouvé cela assez décevant de m’apercevoir qu’elle contribuait au problème. Celui d’une représentativité biaisée qui capitalise sur les clichés de la communauté noire.

Colorisme et moi article
Karrueche faisant une blague sur les cheveux crépus de Blue Ivy dans 106 and Park émission de la chaîne BET

La chaîne de télé VH1 n’est pas en reste non plus ! La plateforme fait également partie du groupe Viacom et a depuis 2014 orientée sa programmation vers des émissions centrées sur des personnalités afro-américaines, à l’instar de BET.  Elle diffuse, depuis quelques années maintenant, des émissions de télé-réalités telles que Basketball Wives ou en encore Love & Hip-Hop. Ces types de programmes sont souvent critiqués pour leur représentation négative des femmes noires et surtout pour leur nombreuses discriminations envers les femmes “Dark skin” (à la peau foncée). Ils renforcent les stéréotypes les dépeignant comme étant bruyantes, hystériques et violentes. Ces stéréotypes sont d’autant plus appuyés et renforcés lorsqu’il s’agit des femmes à la peau plus sombre; faisant ainsi échos aux problèmes de colorisme ressortis dans bon nombre d’épisodes. Je pense à l’épisode de Love & Hip Hop Miami dans lequel un producteur du nom de « Young Hollywood » a fait des remarques assez déplacées envers la rappeuse Amara La Negra. Il lui a très clairement fait comprendre que ses traits ne seraient pas assez vendeur car trop « négroïdes ». 

Le producteur Young Hollywood et la rappeuse Amara La Negra
Ogom “OG” Chijindu subissant du colorisme par les autres membres de l'émission "Basketball Wives"

Les réseaux sociaux : un porteur de réponses

Arrivée à l’âge adulte, je me posais pas mal de questions sur ma place en tant que femme noire. Je cherchais à comprendre comment la société me percevait-elle ? Pourquoi certaines choses qui pourraient sembler très futiles, comme le fait de vouloir un peu plus de représentativité dans les médias, m’affectaient autant ? J’ai donc entrepris une recherche en ligne. J’ai d’abord trouvé des éléments de réponses auprès de YouTubeuses afro-américaines. Il faut dire qu’à l’époque je ne trouvais pas de réflexions assez poussées au sein de la communauté francophone. J’ai visionné pas mal de vidéos provenant de la chaîne YouTube de Chrissie qui m’a apporté bien plus que ce que je recherchais ! J’ai réalisé que le colorisme n’était pas juste qu’une histoire de représentativité dans les médias, à la télé ou dans les vidéo-clips. J’ai saisi que les enjeux étaient bien plus profonds ! Ils portent sur notre rapport aux autres commençant dès l’enfance où les petites filles plus foncées sont susceptibles d’être plus sévèrement punis ou expulsées de classe. Le rapport difficile à l’embauche, avoir une peine carcérale plus lourde, avoir en sommes des désavantages au niveau socio-économique et même en termes de désirabilité !

Au fur et à mesure que je m’intéressais au sujet, je suis tombée sur d’autres YouTubeuses anglophones telles que I Am Eloho qui adopte un angle un peu plus différent. Puis finalement, en ayant attendu quelques années, j’ai enfin eu l’occasion de voir ces thématiques traitées sous un prisme français par le biais de Zola Home (que je suis très régulièrement) ou bien encore Naya Ali.

YouTubeuse et influenceuse, Chrissie
Entrepreneure et coach conférencière, Zola Home

Principalement grâce à ces influenceurs j’ai pu me rendre compte que je n’étais pas la seule à avoir fait certains constats mais surtout que je n’étais pas non plus totalement aliénée ! J’ai également pu comprendre certaines choses que j’avais potentiellement internalisé. Mais cette fois-ci je n’étais plus seule ! D’un coup, je ne me sentais plus invisible, mais plutôt comprise et même reconnue ! Le fait de voir d’autres personnes en parler et vivre les mêmes expériences ça permet de faire un vrai travail sur soi. Ça permet également de voir les facteurs qui nous affectent pour ainsi mieux les surmonter, les désamorcer et ensuite ne plus être autant affectés par ces derniers parce que l’on sait ! Et ne dit-on pas que le savoir est une arme ?  

Et vous, quel est votre rapport au colorisme ? 

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