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LE COLORISME

Avez-vous déjà eu affaire au colorisme ? Ce terme vous est-il familier ? Si ce mot ne vous dit toujours rien, sachez que bon nombre d’hommes et de femmes y sont confrontés depuis leur plus tendre enfance. Le colorisme s’observe à tous les niveaux, affectant ainsi les sphères familiales, scolaires, les statuts socio-économiques ou encore certains indicateurs de santé. Au vu de ces éléments ce n’est donc pas un phénomène à prendre à la légère.

Qu’est-ce que c’est exactement ? 

Le « colorisme » est une discrimination basée sur une hiérarchisation des couleurs de peau au sein d’un même groupe ethnique. Les teintes les plus foncées seraient désavantagées au profit des teintes les plus claires. Les recherches montrent que ces préjudices se traduisent par des revenus plus faibles, des taux de mariage plus bas, des peines de prison plus lourdes et moins de perspectives d’emploi.

Gilbert Arena ancienne star de NBA crée la polémique en s'en prenant à l'actrice kényane-mexicaine Lupita Nyong'o sur son teint "darksin".
Gilbert Arena ancienne star de NBA crée la polémique en s'en prenant à l'actrice kényane-mexicaine Lupita Nyong'o sur son teint "darksin".

Dans son article intitulé “Why the Effects of Colorism Are So Damaging”, la journaliste Nadra Kareem Nittle relève une différence fondamentale entre le racisme et le colorisme. Elle y explique avec clarté que les personnes confrontées au racisme trouvent généralement du soutien au sein de leur communauté ; ce qui n’est pas nécessairement le cas avec le colorisme. En effet, le colorisme est à la fois inter et intra-racial. Ainsi, les membres d’un même groupe « racial » peuvent être les auteurs de ces discriminations. On pourrait citer plusieurs célébrités ayant eux des propos « coloristes » à l’instar de l’ancien Joueur de NBA Gilbert Arenas à propos de l’actrice Lupita Nyong’o ou bien bon nombre de rappeurs/chanteurs afro-américains tels que Lil Wayne, Asap Rocky, Kodak Black, Gucci Mane, Chris Brown et bien d’autres.

L’origine du terme ?

Le terme « colorisme » traduit du mot anglais « colorism », nous vient des Etats-Unis. Étroitement lié à la communauté afro-américaine, on porte son origine à la période coloniale et esclavagiste. Plus qu’une institution créant et exacerbant l’inégalité raciale entre l’Homme Noirs et Blancs ; cette période a également façonné des frontières intra-raciales parmi les Noirs. Ainsi, les esclaves à la peau clair étaient perçus comme étant plus « intelligents », plus « esthétiques », et se voyaient souvent proposés des postes de domestiques, loin du soleil cuisant des champs de coton.

La dévalorisation des peaux les plus foncées n’a pas cessée après l’abolition de l’esclavage. A titre d’exemple; au moment de la ségrégation, on refusait aux personnes noires à la peau plus sombre, la possibilité de rejoindre certains groupes civiques, clubs et sororités d’écoles et de quartiers sur la base du « Brown Paper Bag Test » où les individus à la peau plus sombre qu’un sac en papier marron se voyaient refuser certains privilèges. 

Image copyrighted by Amber Caroll.

Que nous dit la recherche ?

Ce phénomène est principalement présent dans les communautés noires, latines, asiatiques et arabes. Les chercheurs soutiennent qu’à bien des égards avoir la peau claire peut équivaloir à une meilleure qualité de vie par rapport aux peaux foncées. Les personnes à peau claire disposent de nombreux avantages. En effet, selon le sociologue Shankar Vedantam les Latinos au teint claire gagneraient en moyenne 5000 $ de plus que les Latinos à la peau sombre. 

En 2017, une étude menée par des chercheurs de l’Université du Kansas a révélé qu’une peau plus foncée affecte toujours négativement les chances d’un individu de trouver un emploi – spécialement chez les hommes. Cela s’est avérer être vrai suivant que le demandeur était Noir, Latino ou Asiatique. En définitif, cette étude a démontré le fait que les hommes à la « peau foncée » sont souvent perçus comme étant « menaçants » ou bien « effrayants ».

Les femmes comme principales victimes du colorisme

En plus des nombreuses discriminations impactant autant l’acceptation sociale que les perceptions d’intelligence, les femmes victimes de ce phénomène font face à des préjudices plus importants lorsqu’il s’agit des normes de beauté. 

L’auteur et professeur en sociologie Margaret L. Hunter, soutien dans l’ouvrage intitulé “Buying Racial Capital: Skin-Bleaching and Cosmetic Surgery in a Globalized World” qu’«un teint clair est interprété comme étant de la beauté » cette beauté représenterait un « capital social » pour les femmes. Celles possédant cette « beauté » seraient donc capables de la convertir en un capital économique, éducatif ou en une toute autre forme de capital. 

Les sociologues de l’université Villanova et de l’Iowa ont également trouvé que plus le teint d’un étudiant noir est foncé, plus il est probable qu’il soit suspendu et cela est d’autant plus vrai pour les étudiantes. Plus précisément, une étudiante afro-américaine ayant « un teint foncé » aurait trois fois plus de chances d’être suspendue « par rapport à celles ayant un teint plus clair ». Bien que moins significatif, ceci est également vérifié pour les étudiants noirs. A savoir que les suspensions scolaires peuvent affecter à la fois la probabilité de décrochage et celle de terminer en prison.

Par ailleurs, d’après une étude menée par cette même université sur plus de 12 000 femmes afro-américaines emprisonnées en Caroline du Nord, les femmes noires à la peau claire recevaient des peines plus courtes que celles à la peau foncée. 

La responsabilité des médias ?

Les médias ont et continue de jouer un rôle non négligeable dans la véhiculation de ce phénomène. On pense notamment à la représentation d’un certain type de carnation et de physique. A titre d’exemple, en Inde, que ce soit dans les pubs ou bien dans les films Bollywoodiens, il n’est pas improbable de voir principalement des acteurs à la peau très blanche représenter le peuple. Pourtant la majorité de la population indienne possède une peau très mate voir noire. Même si les acteurs à la carnation plus foncée sont présents, ils sont pour la plupart relégués au second plan ou bien dans des rôles moins glorieux comme ceux de bandits ou de nécessiteux. Il est également très commun de voir des publicités faisant la promotion de produits éclaircissant comme ceux de la marque Fair & lovely. Ces observations sont également transposables sur le continent Africain. En effet, dans des pays tels que le Sénégal ou bien le Nigéria, il n’est pas rare de voir à l’entrée des grandes villes des affiches publicitaires faisant la promotion de produits éclaircissant avec des femmes au teint éclairci.

En Corée du Sud, les chanteurs de Kpop (plusieurs genres musicaux alliant danse et pop coréennes) sont pour la plupart quasiment tous passés par la case chirurgie esthétique. Les physiques arborés se veulent plus européens, les peaux pâles, les traits fins et les yeux débridés. Ces aspects physiques sont davantage valorisés par la société. Certains parents vont même jusqu’à offrir comme cadeau de fin d’étude une intervention de chirurgie esthétique afin d’assurer à leurs enfants une meilleure insertion sociale et professionnelle.

Priyanka Chopra, chanteuse actrice bollywoodienne
KwangHee, ancien membre du boysband "ZE:A".

En Amérique latine, les telenovelas (feuilletons télévisés) constituent l’un des principaux vecteurs de ces stéréotypes avec en moyenne une audience de plus de 10 millions par saison rien que pour Univision ou encore Telemundo. De manière quasi systématique, ces feuilletons télévisés mettent en avant des personnalités ayant une esthétique de type caucasienne. Cette sélection d’acteurs censés représenter la beauté du peuple, contribue à la propagation de complexes chez le reste de la population composés d’amérindiens, de métis et d’afro-descendants. 

Aux Etats-Unis, on retrouve cette même dynamique surtout du côté des chanteuses de Pop culture afro-américaines avec la surreprésentation de femmes à la peau claire telles que Beyoncé, Rihanna, Nicki Minaj ou encore Cardi B. Les films ne sont pas en restent non plus, en effet, la plupart des productions afro-américaines mettent en avant un schéma du couple bien particulier. Celui-ci est souvent composé d’un homme au teint foncé et d’une femme au teint clair « light skin ». Celles au teint plus sombre dit « dark skin » sont souvent moquées dans les sitcoms tels que Martin (1992) ou bien dépeintes comme étant vulgaires, matérialistes et peu attrayantes. Ce n’est pas sans grande surprise que des actrices « darkskin », pourtant mondialement connues et récemment célébrées pour leur beauté, ont fait part des problèmes auxquels elles ont été confrontées du fait de leur carnation. Des actrices comme Lupita Nyong’o, Gabrielle Union ou bien Keke Palmer ont toutes expliqué leur désir dans leur jeunesse d’avoir une peau plus claire afin d’être plus désirables et ainsi avoir plus d’opportunités. Ces témoignages font échos au discours de l’actrice Viola Davis lors des Emmy Award 2015 qui avait mentionné le manque d’opportunité car il y a « des rôles qui n’existent tout simplement pas».

Les réseaux sociaux, un début de solution… ?

Les réseaux sociaux ont permis d’élargir la représentativité, les physiques ne sont plus uniquement dictés par les magazines, la télévision ou bien encore le cinéma. Tous peuvent se saisir de cet outil afin d’y avoir une exposition, mais aussi confronter et défier les idéologies dominantes et ainsi proposer d’autres visions. Il y a un réel changement opérant au niveau des mentalités en témoigne les mouvements de « Body positive » ou bien même le « Mouvement Nappy ». Les influenceurs sont multiples et divers, il y en a pour tous les goûts, les petites filles et garçons ont la possibilité de s’identifier à un éventail de représentations plus large renforçant ainsi leur image de soi et leur développement personnel. 

© svetikd / Getty Images, "le body positivisme".
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Derrière la tendance Nappy, la revanche du cheveu afro. © DR.

En revanche, il est toutefois important de garder en tête que les réseaux sociaux ne sont pas en total déconnexion avec les médias traditionnels, les deux s’influencent mutuellement. Ceci étant dit,  la floraison de ces nouveaux mouvements et communautés de partage laisse à envisager un futur plutôt optimiste quant à la prise de conscience et aux actions menées face au manque de représentativité. 

Et vous quel est votre relation au colorisme ?

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